mercredi 18 juillet 2007

Lagarette, vin citoyen !

Oui ! Lagarette est un vin citoyen et il souhaite plus que jamais l’afficher avec force et détermination.



Qu'est-ce qu'un vin citoyen ?
C'’est avant tout un vin intègre qui dit " ce qu'’il est ", c’est-à-dire qui accepte et souhaite être soumis à l’'analyse, à toute sorte d'’analyses possibles qui diront les matières qui le compose affichant ainsi et sans démonstration ses origines naturelles. Ce vin, ce vin citoyen, n’'a rien à cacher. Il veut être connu et apprécié pour " ce qu'’il est ". Il a horreur des parures, des déguisements voir des dissimulations. Il ne veut pas paraître. C’'est l’'inverse d'’un vin " d'étiquette " et/ou de propriétaire. Pas besoin de se déguiser pour plaire et faire plaisir, il faut être naturel. C’est aussi un vin qui dit ses origines, le terroir et les hommes qui l’ont conduit à son terme et ont fait de lui... " ce qu’'il est ".

Cette terre où il a grandi et pris forme, il la respecte et se dresse contre toute forme de dégradation la concernant. Il la protége en s’affichant et en s’'exprimant comme on protège sa " terre-mère " nourricière. Ce qui le relie aux hommes du terroir a quelque chose de sacré, de divin, d'’inexprimable sauf dans ce qu'’il est, lui, puisque c’'est avec cette terre et ces hommes qu'’il est devenu " ce qu’il est ". Mais, il dit aussi, ce vin, les processus et les ingrédients qui sont entrés dans sa composition et ont contribué à le façonner. Dire et faire dire comment il s’'est construit, c’'est aussi s’'affirmer citoyen.

Mais il y a plus, et ce plus, n’'est pas négligeable, ce vin citoyen respecte ses usagers, ceux qui vont le consommer. Il se doit de protéger leur santé et si possible de la renforcer, en aucune manière de l’'affaiblir. L'’amateur, l’'amoureux de ce divin nectar doit savoir à qui il a affaire. Il faut gagner la confiance de l’'amateur qui en retour sera payé de plaisir, de bonheurs partagés et de force retrouvée.


Pourquoi un vin citoyen ? Parce que au quotidien, nos pratiques viticoles doivent se dire et se faire une place dans des univers de mensonges, et de dissimulations, où la présentation communicante et communicative des vins a plus d’importance que la qualité et l’authenticité du produit.

Il est donc temps de mieux faire connaître qui l’on est et de quoi l’on est fait.

Désormais, Lagarette, vin citoyen affichera ses composants, ses process de fabrication, ses certifications afin que chacun puisse apprécier notre volonté de respecter nos clients et partenaires mais aussi la terre nourricière, la biodiversité et la plante, surtout la plante, que nous protégeons dans son intégrité.

Derrière de beaux discours où nature et plaisir sont valorisés, il n’y a bien souvent que de la chimie, dure et destructrice de nos vies et de nos santés. L’essentiel n’est pas dit : les foires aux vins en sont de beaux exemples. Les discours " fumeux ", les affichages d’étiquettes qui prennent le pas sur le " produit réel ", ses saveurs (authentiques) et les sagesses pratiques (bien réelles) de ceux qui ont su produire et élever le divin nectar.

Il est temps de dénoncer ces pratiques abusives et d’afficher notre volonté... citoyenne !

mardi 10 juillet 2007

Rumeur chez les cavistes

Il n'est pas nécessaire de tirer sur le caviste ! Mais...

Quelque chose nous trouble. Cela fait plusieurs fois que nous nous trouvons face à des cavistes agressifs, pour ne pas dire plus, quand on leur parle de vins "bio" et /ou de vins "naturels".
La première fois cela s'est produit que du côté de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris 5. Il était tard, nous étions en janvier, et curieux de la nouvelle "boutique" nous avons poussé la porte et posé quelques questions à l'honorable propriétaire : De quel vin naturel disposez-vous ? C'est quoi les vins naturels ? nous a-t-il répondu. Quels sont les vins "bio" que vous vendez ? Réponse : Les vins "bio" ? ! Le "bio", vous savez nous dit-il c'est quelque chose d'imprécis. Par contre je sais ce que c'est que l'agriculture raisonnée. C'est déjà un choix !

Bref, il ne disposait d'aucun stock de vins "bio". Ce qui n'est pas grave en soi ! sauf qu’il affichait ouvertement y compris par ses documents de communication, sa volonté et son souci de présenter aux gens du quartier "des vins traditionnels et naturels". Bref, les mots sont quelquefois des traîtres. Mais ils servent aussi de boucliers et de masques pour dissimuler ce que l'on pense vraiment derrière le mot naturel et le mot traditionnel. Il y avait tout dans sa boutique, sauf des vins "naturels" et "des vins respectueux des traditions". Enfin l'entretien fut un peu long. Nous échangeâmes sur toutes sortes de choses. Il nous fit visiter sa cave à l'architecture très belle, et à la fin, nous le trouvâmes sympathique bien que totalement inculte sur "l’art de faire le vin".

Quelques jours plus tard, deuxième rencontre avec un caviste, un peu plus "moche", pour ne pas dire violente . La scène se situe quelque part du côté de la rue du Cherche Midi à Paris 6. Alain, le caviste sort de ses gonds dès qu'il entend parler du vin « bio » . Il se met à proférer toutes sortes de remarques très désagréables, comme quoi, il en avait bu mais ne s’en souvient pas, car dit-il, ces vins n'ont aucun goût etc. Bien entendu quand on lui demande Quel est le dernier vin "bio" que vous avez bu ?" Il ne s'en souvient plus. C'est évident !

Nous avons fait d'autres rencontres de ce type... dans différentes régions. Les dernières à Bordeaux ... On se demande d'où viennent ces rumeurs chez les petits cavistes...

mardi 3 juillet 2007

Le terroir, c'est une terre à vigne, c'est aussi le métier et le travail.

Le terroir ne se réduit pas à une simple histoire de sol. Il nous faut bâtir les équilibres nouveaux dont nos terroirs ont besoin. Au Château Lagarette, dans bien des régions de France, et dans bien des pays, aujourd’hui s’exprime la volonté de sauver les savoirs locaux. Ils sont partout une garantie pour l’équilibre de la planète.



En Sciences Sociales, la notion de terroir relève de ce qu’on appelle « un objet frontière ». Tout « le monde » s’en empare, les historiens, les géographes, les anthropologues. A chaque fois, les sens attribués sont différents. Il nous faut garder en mémoire que l’idée de terroir a été utilisée par les "folkloristes" dans des tonalités qui n’étaient pas forcément élogieuses. Elle a été utilisée par des politiques. Mauras, le Maréchal, en ont fait usage (la petite patrie). Les professionnels du marketing (colloque récent à la Sorbonne « terroir et culture ») en font usage. Dans les sociétés agroalimentaires, chacun y va de son naturel, plus ou moins authentique, et des usages qu’il est possible d’en faire.

On connaît aussi les usages qui en sont fait dans le politico-administratif : le pays, le terroir, nouveaux découpages, nouvelles constructions, développement local, etc. Donc, le terroir c'est un objet frontière avec des utilisations multiples.

Il faudrait beaucoup de temps pour refaire la cartographie de l’idée de terroir et de ses usages. À vrai dire, il y a deux tendances : une tendance naturaliste et une tendance culturaliste.

La tendance naturaliste nous dit que le terroir, c’est la nature. C’est quoi la nature ? On ne sait pas trop. Est-ce qu’il y a une nature naturante, récurrente qui était là avant qu’il y ait de l’humain ? Je n'en suis pas sûr ! Il y aurait une sorte de sur-détermination par la nature. Derrière cette pensée, se dissimule le souci du foncier, « touche pas à mon terroir il a de la valeur ». Si je suis dans le Médoc, mon vin sera forcément bon, peu importe la manière dont je vais travailler, encore plus si j’ai un domaine qui a un nom, cela va de soi. Et si tu oses dire que le travail de transformation a plus de valeur que ce que la terre apporte, c’est une insulte. Jean-Robert Pitte dans un livre récent sur Bordeaux, dit qu’il ne suffit pas d’avoir un stradivarius pour bien jouer du Mozart, encore faut-il être en capacité d’exécuter la partition. L’instrument ne suffit pas. Le métier, le travail comptent pour beaucoup.

La tendance culturaliste considère qu’entre nature et culture, on a du mal à faire la part. Un terroir, en viticulture, c’est aussi une terre à vigne. C’est quoi une terre à vigne ? Une terre travaillée par les hommes depuis des siècles et qui du seul fait qu’elle est une terre, où on cultive la vigne, a connu toutes sortes de transformations et d'aménagements. Cette idée entre culture et nature a un lien très profond, toutes sortes de conséquences, d’habitudes de travail en fonction de l’espace dans lequel on vit, d’utilisations d’un certain nombre d’outillages, de manières de raisonner, etc. Manières de raisonner mais aussi manières de ressentir un terroir. Ce n’est pas uniquement de la culture et du cognitif, c’est aussi du ressenti. Le terroir, espace d’émotions, manières de ressentir les faits et gestes, la qualité d’un paysage, des manières de travailler. Comme dirait Augustin Berque, le terroir, c’est une sorte de coquille, un espace à l’intérieur duquel nous vivons et nous nous construisons.

De ce lien avec culture et nature naissent les « savoirs locaux », manières de dire le monde, de l’expliquer et d’agir sur lui. Ces savoirs locaux font parti du terroir. La culture, au sens large, fait corps avec la nature du terroir. Autrefois, pour qualifier un terroir et les gens qui vivaient sur ce terroir, on nommait les manières de se nourrir et de s’habiller. Aujourd’hui, cela n’a plus de sens. Ces savoirs locaux rassemblent les manières d’agir, sur la nature, dont on a appris à connaître les caprices et les colères au fil des ans. Tout cela se transmet de générations en générations.

Ce qui m’a beaucoup frappé dans l’univers de la viticulture et dans le travail du vigneron, c’est la place occupée par ce qu’on appelle la techno-science (toutes les ressources scientifiques et techniques utilisées pour produire). Leur usage intensif a progressivement abîmé les savoirs du terroir et les savoirs locaux. Je suis très surpris de rencontrer des vignerons qui ne savent plus vinifier. Certes, ils font toujours un vin acceptable parce que la techno-science et l’œnologue sont là. Soit, mais que va t-il faire cet œnologue ? Quelles sont ses interventions ? Connaît-il seulement le processus de base de la vinification ? Il y a une sorte d’oubli progressif des processus fondamentaux du métier de vinifier. Tout cela est préoccupant.

Tous ceux qui s’attachent, aujourd’hui à un renouveau de la culture du vin sont soucieux de l’art de vinifier. L’art de vinifier, c’est une sorte de corps à corps avec la matière, une matière qui est sentie, ressentie, appréciée, goûtée, touchée, sur laquelle on intervient, avec pour souci premier, de ne pas dénaturer le cours des choses. N’utiliser que des produits naturels est un choix. Sinon on rentre dans un cycle de déconstruction de la matière qui n’est pas sans produire des effets.

Tous ces savoirs font partie du terroir. Le terroir est une entité culturelle qui est faite de savoirs locaux qui se sont construits dans le rapport homme/nature. Nous qui sommes si fiers de nos différences culturelles, nous ignorons l’exceptionnalité de nos « savoirs vinifier ». Dans bien des pays, aujourd’hui, s’exprime la volonté de sauver les savoirs locaux. Ils sont une garantie pour l’équilibre de la planète.

Nous sommes l’un des pays où la techno-science et la chimie ont fait le plus de ravages et pas uniquement dans la viticulture. Ce n’est pas une position de passéiste ! L’histoire est en marche. La seule chose que l’on puisse faire, c’est tenter de trouver des équilibres qui ne soient pas trop destructeurs. Et pour ce faire, tout en prenant appui sur ce que la science nous apporte pour lire le réel et le comprendre, il est peut-être utile de remobiliser ces savoirs dit d’expériences ou savoirs locaux dont nous sommes les héritiers.

Yvon Minvielle
Extrait Conférence Librairie Mollat Bordeaux
Débat "Les terroirs" animé par Ségolène Lefèvre, historienne de l'alimentation - 19 janvier 2007