vendredi 14 mars 2008

La taille à Lagarette

Chaque acte agricole, chaque geste, a son importance.
Un des plus beaux moments : le contact intime avec la vigne complètement nue, pendant la taille.




Tous les ans le travail de la vigne commence par la taille. Geste ancien transmis de générations en générations. Opération mal connue, la plus importante de l’année. La qualité des raisins des prochaines vendanges dépend des choix faits à l’instant même de la taille mais aussi de la prise en compte d’un ensemble de variables : cycles lunaires, vents, temps froid, temps sec, pluies, précocité des parcelles, diversité des cépages, âge des pieds, etc.

À Lagarette, la personne qui taille prend son temps. Elle observe, écoute, attend, bouge et se déplace dans les rangs de vignes, attentive à la vigne qui s’éveille lentement du long sommeil de l’hiver. Le temps de la taille est venu lorsque la sève remonte jusqu’à l’extrémité des sarments. À ce moment-là, on dit que la vigne " pleure ". La vigne peut alors se défendre seule et repousser les agressions des bactéries et champignons. Les anciens pratiquaient la taille en fin d’hiver au mois de mars. Ils disaient : " Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars ". Vieille sagesse pratique paysanne que Lagarette respecte encore aujourd’hui.

Dressée devant le pied à tailler, la personne qui taille va prendre en compte toutes sortes de choses : l’état général du pied, son âge, sa forme, sa vitalité, sa fragilité, sa force, l’abondance et la diversité des sarments, la vigueur et la direction des sarments (certains montent vers le ciel, d’autres vont vers la terre), etc. Après ce temps d’observation et de compréhension du cep, elle va choisir la forme à lui donner, les équilibres à trouver ou à retrouver.
Chaque pied est unique. Il exprime son originalité et nous devons le préserver et l’accompagner dans son développement par le geste de la taille. C’est un moment important où nous avons un contact direct, intime avec une vigne complètement nue, qui se découvre à nous, qui nous montre ce qui se niche au creux des vieux ceps. Elle est fragile. Elle s’expose. Elle attend beaucoup de nous. Elle appelle le respect, car elle va en retour nous donner son potentiel, sa générosité, sa vie. Il ne faut surtout pas la bousculer, ni l’agresser, mais plutôt l’accompagner en douceur, la prendre pour ce qu’elle est, afin qu’elle puisse s’épanouir pleinement et nous donner des grappes saines et généreuses, que les vendangeurs aiment tant ramasser.

Eh oui ! À Lagarette, c’est à tout cela que pense la personne qui taille lorsqu’elle est au " corps à corps " avec le pied de vigne.